24 juillet 2009
Rencontre : Le rang contre
Le Rang Contre
Nous étions tous sur une même ligne, un peu en biais.
J’étais celui le plus en retrait.
Nos adversaires respectifs arrivaient et resserraient de plus en plus l’écart entre nous et eux.
Ils allaient passer…
Je me préparais à intercepter mon adversaire direct.
C’était ma première rencontre véritable dans ’’la cour des grands’’.
« Stressé ? » m’avait demandé mon capitaine.
J’avais dit non mais il avait dû voir que je mentais.
Le cuir arriverait bientôt à moi.
Notre adversaire principal tomba, un des notre l’a immobilisé.
Il a cependant eu le temps de passer la relève à un de ses camarades.
La balle m’arrivait droit dessus.
J’étais tendu, prêt à faire un bon.
Soudain mon compagnon à coté de moi l’intercepta.
Il me l’envoya rapidement.
J’attrapais le projectile rapidement.
Une ouverture…
Je voyais la distance à parcourir…
Je m’élançais comme un fou sur le gazon coupé court.
Celui en face de moi essaya vainement de m’arrêter.
Deux autres me poursuivirent, essayant de me plaquer au sol l’un après l’autre.
Je les évitais.
J’étais le plus rapide de mon équipe et j’étais désormais hors de portée de mes adversaires.
J’entendais les encouragements des autres.
C’était comme dans un rêve.
Je passais enfin la ligne tant attendue.
Le sourire aux lèvres, je posais le ballon ovale à terre avec délicatesse.
Les miens arrivèrent alors et m’embrassèrent tous à la fois.
C’était l’euphorie, je venais d’ouvrir le score.
Rencontre : Lorsqu'une demie heure devient une heure et demie
C’est samedi soir. Il va bientôt être 19h30. J’ai mis la table ; quatre couverts. Dominique n’est toujours pas arrivé. En retard, mais non, il n’est jamais en retard. Il a dit qu’il serait là à 20h. Je jette un coup d’œil dans la cuisine. La moussaka cuit au four. C’est Dominique qui a eu l’idée de ce plat grec. Il l’aime beaucoup.
19h31. Le couloir est propre. Je viens de passer la serpillière. Cette soirée va être pire que mon entretien pour entrer dans la boite.
19h40. Que fait-il ? Toujours pas là. C’est normal. Attention à la moussaka, il ne faudrait surtout pas la faire brûler. Pourtant, cet entretien avait déterminé ma carrière. J’ai fait des pâtes. Avec la moussaka, ça devrait aller.
19h42. Il doit être sur le chemin du retour. Je vais tout de même voir à la fenêtre. La rue est vide. Je n’étais pas la seule pour ce poste, on était huit je crois. En entrée, j’ai préparé du saumon mariné avec du citron. Ce n’est pas lourd comme plat. Et puis tout le monde aime le saumon.
19h43. Le téléphone sonne. « Allô ? Dominique ? Du retard ? Un embouteillage ? 21h ? Très bien, à tout à l’heure. Oui moi aussi. » Il est drôle. Et le repas ! Je l’avais préparé pour 20h moi. Elles étaient toutes plus âgées que moi pourtant, elles avaient plus d’expérience. Hier je suis allée chercher du fromage. J’ai été dans une petite ferme que Dominique aime beaucoup. Ils font les meilleurs, paraît-il. Moi je ne sais pas, je n’aime pas le fromage.
19h50. Il ne reste plus qu’une heure dix. De toute façon on aurait pris l’apéritif, alors le repas aurait quand même refroidi. Ce n’est donc pas si grave ce retard. Heureusement que l’on a investi dans un four à micro-ondes. On le réchauffera. Je tremblais, lorsqu’on m’a fait pénétrer dans le bureau du patron. J’ai beaucoup hésité entre la salade de fruit et la tarte aux pommes. Finalement, j’ai fait des poires au sirop. Avec les poires du poirier de mes parents. Ce sont les plus juteuses que je connaisse.
20h00. Le soleil se couche. C’est beau un soleil qui se couche. Le ciel est orange. Il fera beau demain. La moussaka ! Ca va, elle n’a pas brûlé. Hop, sur la table. Je regarde machinalement s’il n’est pas arrivé. Pas encore. Je ne savais pas quoi dire ce jour là. Je m’étais sentie rougir, mes oreilles étaient en feu. Pénible moment. En plus les poires au sirop, ça aide à la digestion. Et puis c’est bon. Habituellement je ne pense pas à en faire. Même Dominique a été surpris, et pourtant ça n’arrive pas souvent. Je suis éreinté. C’est moi qui les ai cueillies. Avec le vieil escabeau de mon père.
20h10. Que cette attente finisse ! Je suis à bout de nerfs. J’ai pris les boules anti-stress de Dominique. Ça ne marche pas ces billes. Si je meurs d’une crise cardiaque, ce sera sûrement à cause de lui. J’allume la télé. Les informations. Un carambolage ! J’éteins tout de suite. Des questions banales. Pour me calmer. C’est un bon patron. Il sait comment faire pour mettre à l’aise quelqu’un. Un mélange de cacahuètes, de pistaches et d’amandes et hop ! Le tour est joué. Des chips aussi. Des petites parts de pizza et c’est tout. Il ne manquerait plus que personne n’ait faim pour la suite. Ce serait dommage. Je n’aimerais pas avoir fait ce repas pour rien ! Cela fait deux jours que j’y suis dessus.
20h20. J’ai allumé la radio. Il y avait de la musique. Ah, la musique ! Il n’y a rien de mieux pour détendre quelqu’un. Il y en a certains que ça dérange pourtant. Je ne comprends pas ces gens. Une voiture, c’est lui ! Non, ce n’est que le voisin. Un homme bien mignon mais un peut ronchon si vous voulez mon avis. J’ai bien fini par lui parler. Mes motivations, mes stages, ma situation familiale et mon zèle. Il m’a rappelé avant hier pour me dire que j’étais prise et que je commençais demain. Je suis vraiment heureuse. Ça faisait cinq mois et dix-sept jours que j’attendais un job comme ça. J’ai hâte de voir mes collègues. D’ailleurs j’aimerais bien qu’il se dépêche. Enfin demain ça n’est qu’une phase d’essai. Trois mois d’essai. J’ai bon espoir. Je pense qu’il est sur le retour.
20h30. J’ai trouvé un stratagème génial contre le stress. Je compte. Quatre assiettes. Huit verres, quatre à vin, quatre à eau. Douze couteaux, quatre à viande, quatre à poisson, quatre à fromage. Huit fourchettes. Quatre cuillères. C’est reparti. Alors, quatre assiettes… Tiens, elles ont des formes étranges… On dirait des moutons…
Un bruit de serrure. On ouvre la porte. Quelle horreur ! 21h ! Je vais en vitesse dans la salle de bain. J’ai les marques de l’assiette sur ma joue. Elles disparaissent vite. J’entends du bruit dans le couloir. Je me recoiffe. Ils se rapprochent. C’est parti, je suis prête. J’ouvre la porte. Ils sont encore dans le vestibule. Je deviens folle. Il faut faire réchauffer la moussaka. Non, pas tout de suite.. Les voilà. Ils sont tous les trois là. Alors voilà à quoi ressemblent les parents de Dominique. Ils ont l’air gentils. Il faut qu’on s’entende s’ils deviennent un jour mes beaux-parents.
Rencontre : le fruit
Le fruit
C’est lui que j’ai vu en premier.
Il était plutôt mignon. Des yeux gris, comme les miens, sous des épais sourcils et des cheveux bruns. Pas une ride, souriant.
Il me regardait comme si j’étais le messie. Je veux bien croire que j’étais promis à une destinée exceptionnelle, mais de là à être le messie ! Je lui ai quand même rendu son sourire.
Il s’est mis à gesticuler dans toute la pièce en prononçant des paroles incompréhensibles. Il m’a vite fatigué. J’ai baillé. J’avais mal aux yeux. Il s’est approché de moi.
-« Alors, il est fatigué le moustique ? »
J’y crois pas ! Il se moque de moi en plus. Je veux bien croire que je ne suis pas un géant, mais quand même… Finalement, je ne veux plus dormir. J’ai envie de lui crier mon mécontentement, mais je n’y arrive pas. Je m’énerve de plus en plus. J’essaye de taper au hasard. C’est comme cela que je vois que de hautes barrières m’entourent. Pourquoi je suis enfermé et pas lui ? Il me regarde d’un air attendri.
Il m’énerve… il m’énerve…
Et moi qui suis impuissant, derrière ces barrières ! Pourquoi continue t-il à me regarder ? Je ne veux plus le voir. Vas-t’en ! Je n’arrive pas à lui parler. Laisse - moi tranquille… Je sens une goutte chaude qui sort de mon œil droit. J’ai envie de pleurer, de crier, de taper. J’ai envie d’extérioriser cette violence en moi. Je crie ! Un long hurlement sort de ma gorge, qui me vient du plus profond de mes poumons. Ca me fait mal, mais je continue. Une femme que je ne connais pas arrive. Elle porte une robe blanche, un petit gilet blanc sur une chemise blanche. L’homme ne sait plus que faire. Il s’est éloigné de moi. Il a l’air un peut inquiet. Il laisse la femme s’activer. Elle me prend dans ses bras. Je vois tout. La femme sur le lit, celle qui me tient, les murs blancs, les draps blancs. Tout me paraît lumineux et me fait mal aux yeux. Mes paupières sont lourdes. J’arrête de crier. J’ai confiance en elle.
Je m’endors bercé.
C’est la première fois que j’ai ouvert les yeux de ma vie. C’était ma première rencontre avec le jour, avec la vie, avec mon père !
Rencontre : 186 631 001
186 631 001
Pas de coups de feu mais un départ précipité.
Cela peut vous paraître énorme, mais j’avais l’impression que nous étions des milliards et des milliards dans cette chambre. Nous dormions. Nous dormions même depuis longtemps. Je faisais parti des plus jeunes.
La porte s’est ouverte brusquement. D’un même élan, d’une même vague, nous sommes sortis. Nous avons suivi le couloir qui descendait. Soudain, nous avons été soulevés par de l’eau. On aurait pu se croire sur un toboggan. Heureusement, nous étions équipés pour pouvoir vivre même sous l’eau. On se laissait glisser.
Nous avons été projetés dans un endroit immense. Ainsi allait commencer la plus grande course de ma vie de célibataire. La course de l’âme sœur. Celle qui allait décider de mon destin. La course la plus dangereuse. Je voyais à présent mes compagnons de chambre comme des rivaux. Je suis parti. Il fallait que je sois le premier.
Un mur invisible et palpable me retenait. Je ne pouvais pas passer. Les autres non plus. Sur ma gauche, une ouverture déchirée. Je suis sorti rapidement, mais d’autres l’avaient fait avant moi. Il fallait que je me dépêche. J’étais alors dans une petite grotte. Mon instinct me poussa à continuer.
J’ai trouvé un boyau. Je savais que c’était le seul chemin. Une sorte de toile d’araignée se tenait dans l’entrée et se poursuivait encore loin à l’intérieur. Je n’en voyais pas le bout. Un autre a profité de mes doutes pour s’engager dans le tuyau étroit.
Je le suivis, prenant bien soin de ne pas m’empêtrer dans le filet que je savais meurtrier. On savait tous que cette épreuve serait la plus difficile. Celui devant moi avait l’air très costaud. Il se mouvait dans cet endroit hostile avec aisance. Il avançait tout droit et se détournait soudain avec légèreté. Il était très rapide et j’ai eu beaucoup du mal à le suivre.
Soudain, il s’est stabilisé. Il s’était pris dans un énorme fil collant et n’arrivait plus à se libérer. J’avais perdu mon guide. Il allait falloir me débrouiller par moi-même. Je devais continuer. J’ai suivi le chemin que j’avais commencé à emprunter. Gauche… Gauche… Droite, non gauche !... J’avais failli me laisser prendre par une de ses souples lanières gluantes.
Je suis enfin arrivé à passer les dernières mailles de ce rets diabolique. Il n’a pas été cependant question de faire une pause. Je me trouvais à présent dans une salle immense et triangulaire. Au lieu de chaque angle se trouvait un chemin. J’étais au centre d’un carrefour. Lequel des deux chemins qui se présentaient à moi devais-je prendre ?
J’ai vu un autre concurrent me doubler et prendre le chemin de droite. Mon instinct lui a donné tort et je suis parti à gauche. J’ai eu l’impression qu’une force irrésistible me poussait en avant. Cependant j’ai continué ce couloir avec une angoisse croissante. Allais-je trouver au bout le trésor que je cherchais ? Celle avec qui j’allais partager ma vie ? Celle avec qui je ne ferais plus qu’un ?
Je l’ai vu, enfin. Elle était magnifique avec sa forme courbe. Elle était plutôt ronde, mais je n’étais pas déçu. Je m’aperçut qu’une large aura l’entourait. Elle semblait emplir toute la largeur du couloir. Cela lui donnait l’air d’un ange, d’une déesse.
Je me suis aperçu avec effroi que d’autres que moi étaient arrivé. Je fut terrifié à l’idée d’assister au mariage d’un autre et non du mien. Peut-être que la belle n’avait pas encore choisi son partenaire. J’avais peut-être encore une chance.
J’ai voulu contourner ma divine aimée, mais je fus pris dans son aura traîtresse. Je me suis raccroché à elle du mieux que j’ai pu.
Soudain, elle s’est ouverte. A l’endroit où je m’accrochais quelques minutes auparavant se trouvait désormais un orifice. J’étais celui qu’elle avait choisi. J’entrais ma tête dans le trou béant. J’ai eu comme l’impression qu’une porte s’était refermée sur ma queue de têtard. J’étais si heureux que je n’ai pas chercher à vérifier. Cela ne m’avait fait aucun mal. Je n’ai gardé aucun souvenir de ma fusion avec mon âme sœur.
C’est ainsi que moi, 186 631 001, infime petit spermatozoïde, eu le droit et le grand honneur de donner la vie à une charmante petite fille du nom d’Ella G. grâce à un préservatif troué.
Souvenirs d'un ange
Souvenirs d'un ange
Anne s'assit sur le banc, le regard dans le vide. Voilà deux ans qu'elle était enfermée pour un crime qu'elle n'avait pourtant pas commis, mais ce n'était pas important, ici ou ailleurs, au moins ici elle pouvait se cacher...
Elle détailla les bourgeons fleuris, ces odeurs colorées qui emplissaient ses narines tandis que les rayons du soleil se posaient tendrement sur ses vêtements gris.
Son esprit erra un moment, avant de se remémorer cette terrible dispute, laquelle, quatre printemps auparavant, l'avait finalement menée là où elle était aujourd'hui. Cette gifle claquante qu'elle avait ressentie dans sa main, la chaleur se propageant dans son bras... Et cette petite poussée, ridicule, douce et pourtant assez forte pour briser son monde. Et puis cette chute, ces escaliers de bois, son incapacité à se retenir... La stupéfaction, et les cris, les cris qui résonnent encore dans ses oreilles, qui hantent ses rêves... Sans oublier le sang qui s'écoule soudain, l'inquiétude qui lui dévore les entrailles.
Évidemment, cela avait détruit son couple, c'était inévitable. Il avait tout simplement disparu, du jour au lendemain, disparu de sa vie, de son cœur... Une seule fois elle l'avait revu, et cela avait failli la détruire, la rendre folle... Elle s'était sauvée en s'occupant de leur enfant, son unique joie de vivre, son trésor qu'elle gardait jalousement.
Elle reporta son regard sur le garçonnet dans la cour, tripatouillant quelque chose dans la terre qu'Anne ne pouvait pas voir.
Il dut se sentir observé, car il releva la tête et la fixa avant d'esquisser un grand sourire en la reconnaissant.
- « Maman ! Viens voir, viens! Regarde j'ai trouvé! »
La jeune mère poussa un faux soupir contrarié avant de se lever. Il aurait bien pu lui demander la lune, elle l'aurait décrochée avec plaisir!
Elle alla s'accroupir devant la fourmilière à coté du petit ange blond. Ce dernier planta un petit bâton dans le tas de terre en s'émerveillant.
- « Ça court, ça court! »
Il approcha un doigt du centre de son attention et 3 insectes y grimpèrent dessus. Il brandit son index triomphant, en riant face aux chatouilles, devant le nez de la jeune femme.
Cette dernière lui sourit et posa la main sur son bras, attendant que les petites bêtes lui grimpent dessus à son tour.
- « Tu sais Bastien, cette fourmilière c'est comme un château. Tu vois, chaque petite fourmi est un soldat qui a pour devoir et obligation de protéger sa reine.
- Veux voir ! »
L'enfant commença à touiller la terre devant lui, semant la panique chez les victimes de la destruction de leur maison. Mais nulle trace de la reine dans cette tambouille de terre. Le garçon regarda à nouveau sa mère avec un air interrogatif et perdu.
- « C'est très difficile de voir la reine, elle se cache, et ses soldats ont du la cacher dans une salle secrète maintenant. Mais la prochaine fois tu l'apercevras peut être.
- Ça court vite une reine? »
Anne acquiesça et le garçon se jeta dans ses bras.
- « Aussi vite que ça? »
L'enfant se dégagea soudain et se mit à galoper au loin en criant comme un fou. Anne eut un petit rire, elle ne se lassait pas de le voir faire. Si seulement il ne grandissait jamais.
- « Non, tu as raison, tu cours plus vite qu'une fourmi! »
Le petit garçon disparut bientôt derrière une haie. Il était si beau, l'enfant dont Anne avait toujours rêvé, la chair de sa chair, ce petit être qui avait bien failli ne jamais voir le jour... Il était si spécial. Elle ne regrettait rien, même si à cause de lui elle était ici, il fallait le cacher, il était si important. Dire que cette chute dans les escaliers avait failli lui couter ce bonheur de l'avoir, son père avait tenté de le tuer, de les tuer tous les deux, mais il avait échoué, et c'était ce qui comptait.
Anne appela doucement le garçonnet, jouant à cache cache, c'était son divertissement préféré, la rendre chèvre, mais le voir sautiller sur place quand elle le trouvait était pour elle une source de joie indescriptible. Elle ne pouvait s'empêcher de rire à toutes ses cabrioles.
Elle sentit soudain des doigts attraper sa main.
- « Anne, vient, c'est l'heure d'aller manger. »
Elle se retourna pour voir la femme qui venait de parler et reconnut Jocelyne. Elle détailla sa tenue immanquablement blanche. C'était dans ce lieu une des personnes qu'elle aimait le plus.
- « Oui, j'arrive, mais je cherche Bastien d'abord, il se cache. »
La nouvelle arrivante eu un tic avant de sembler se souvenir.
- « Bastien n'est... enfin je crois qu'il est déjà rentré, il me semble l'avoir vu à l'intérieur. Il doit déjà être en train de manger au réfectoire. »
La jeune mère suivit sa compagne jusqu'à l'intérieur et se laissa convaincre de s'asseoir devant une assiette. Le garçon n'était nulle part en vue dans le grand réfectoire, mais avec le chahut et le bruit ambiant, il pouvait être n'importe où. Jocelyne allait aller le chercher, il n'y avait pas d'inquiétudes à avoir... n'est-ce pas ?
Anne eut soudain peur que quelqu'un ait pu l'enlever... Après tout, il y avait des détraqués de partout n'est-ce pas ? Et Bastien plus que quiconque était vulnérable. La jeune mère vivait depuis la naissance de l'enfant dans la peur qu'une telle catastrophe arrive ! Et si quelqu'un d'ici était complice ? Jocelyne même peut être qui sait !
Elle se leva doucement pour ne pas éveiller les soupçons et prit le chemin qu'avait emprunté l'autre femme.
Elle entendit enfin des voix s'élevant d'un bureau. Son oreille attentive perçut bientôt les mots échangés, il y avait un homme avec celle qu'elle pistait, c'était lui qui parlait.
- « Il va falloir que l'on s'occupe d'Anne, vous avez raison. Voilà un moment qu'elle est ici, trop longtemps...
- Tout à l'heure elle cherchait Bastien, il faut que cela cesse. »
Les deux se turent un moment et la jeune mère retint sa respiration. Qu'avaient-ils pu faire de son garçon ? Il ne fallait surtout pas qu'ils découvrent qu'elle était là.
La voix masculine reprit.
- « J'ai prévenu sa mère de toute façon, elle sera là d'un moment à l'autre. Avec elle nous aviserons de ce qu'on doit faire, un choc pourrait lui être autant bénéfique que mauvais dans sa situation, nous ne savons pas comment elle va réagir... Où est elle en ce moment ?
- Elle mange avec les autres évidement... »
Un petit silence s'installa, mais Jocelyne finit par se confesser :
- « Docteur, la voir comme ça c'est quand même triste. Je crois qu'il faut lui dire la vérité, la faire réagir, lui faire comprendre que son enfant n'existe pas, même si c'est douloureux, et même si elle doit revivre sa fausse couche, ça me semble nécessaire maintenant... »
Mais l'infirmière fut interrompue par un cri de pure détresse dans le couloir, un hurlement désespéré. Suivie de près par le docteur, elle se rua hors de la pièce pour trouver Anne agenouillée à terre.
*****
- « Mamaaaaaan ! Je suis là maman, je suis là, je suis là ! Je t'aime maman, ne me laisse pas, j'ai peur tout seul dans le noir...
- Je suis là Bastien, je ne vais pas partir mon petit, mon tout petit... »
*****
Jocelyne se pencha sur la forme tremblante au sol. Ses yeux étaient grands ouverts, dans le vague, fixés sur rien du tout, comme si elle voyait quelque chose qui lui était inaccessible et qui semblait derrière l'infirmière. Celle ci se retourna machinalement, mais ne voyant rien, elle revint au corps à moitié adossé contre le mur.
Sa main trouva machinalement sa petite lampe dans la poche de sa blouse, et elle projeta le faisceau lumineux dans les globes oculaires de la patiente, espérant une réaction. Mais les pupilles de ceux ci semblaient décidément dilatés au maximum, comme si elles emplissaient tout l'iris...
Cependant ce n'était pas cela qui glaçait la grande femme aux nerfs d'aciers sur place : dans le noir profond se trouvait une ombre qui ne lui appartenait décidément pas et qui n'avait rien à faire ici.
Dans le regard chaviré d'Anne se trouvait un enfant, un garçonnet émacié qui semblait appeler à l'aide, et dont l'apparition étrange et monstrueuse faisait frissonner l'infirmière.
Jocelyne ne se retourna pas cette fois, elle ne voulait surtout pas voir cette créature humanoïde en face.
Cette vision de quelques secondes, des heures semblait-il, se brisa lorsqu'elle perdit le contact du regard de la patiente, alors qu'elle se sentait soudain bousculée. Elle ne put s'empêcher de pousser un léger glapissement de terreur avant de reconnaître le docteur qui se démenait pour donner à la jeune femme un tranquillisant, fusillant sa subordonnée du regard.
*****
Anne serra le petit garçon dans ses bras et ferma les yeux. Du sang, du sang sur ses jambes mais ce n'est qu'un détail, son enfant est avec elle, c'est tout ce qui compte, et on ne le lui prendra jamais.
Elle se sentit doucement sombrer, ses membres s'alourdissant tandis qu'elle accompagnait son unique trésor au royaume de Morphée.
*****
Un aide soignant transporta la forme amorphe d'Anne jusqu'à son lit. Cette dernière remua un peu alors qu'un courant d'air frais arrivait jusqu'à elle alors qu'ils passaient dans l'entrée, un dernier effort pour combattre l'anesthésiant. Son regard erra sur les lettres gravées sur le mur, désignant HP Saint Anne, avant de se révulser et de se refermer.
*****
Jocelyne entra dans le bureau du docteur, sachant pertinemment pourquoi elle avait été appelée.
Le docteur Nathan Frempovel, d'âge mûr et grisonnant, la regarda arriver du coin de l'œil, terminant de rédiger un compte rendu sur un patient.
- « Vous m'avez demandée monsieur ? »
Le docteur s'appuya contre le dossier de son siège, étudiant son interlocutrice qui se sentait soudain mal à l'aise, mais tentait de ne pas le montrer. Elle se sentait comme une patiente soudain face à lui...
- « Que vous est-il arrivé avec Anne, pourquoi avez vous hésité ? »
Le visage de Jocelyne était fermé, surtout, il ne fallait pas lui laisser voir ses sentiments et ses appréhensions.
- « Je ne sais pas pourquoi j'ai hésité, je ne m'attendais juste pas à... enfin à retrouver Anne dans cet état, je ne l'avais jamais vue aussi bas c'est tout. »
Nathan se pencha vers elle, posant ses coudes sur son bureau, comme s'il voulait lui faire une confidence.
- « Je crois que vous devriez prendre des vacances, Jocelyne, une sorte de congé pour vous retrouver, pour évacuer tout le stress que vous avez accumulé. Je pense que vous vous impliquez beaucoup trop dans cette affaire, il est temps de reprendre un peu de distance, qu'en dites-vous ?
- Je vais bien, c'est inutile, j'ai simplement été surprise, pas la peine de s'inquiéter outre mesure, ça ne se reproduira plus, je ne referais pas deux fois la même erreur. Puis-je y retourner ? »
Dans l'esprit de l'infirmière, il ne faisait aucun doute que le docteur en savait plus qu'elle n'en avait révélé, mais devant son hochement de tête, elle n'attendit rien de plus pour se rediriger vers la porte. Cependant la voix grave de l'homme s'éleva à nouveau.
- « Vous savez Jocelyne, lorsque l'on exerce des métiers comme les nôtres, il arrive parfois que l'on voie, ou plutôt que l'on croie voir des choses, des choses qui n'existent pas, des sortes d'hallucinations perturbantes, dues au fait de l'entourage très perturbé que l'on côtoie. Et dans de tels cas, il faut parfois prendre du recul pour mieux apprécier les événements, pour pouvoir plus facilement relativiser. »
Jocelyne se remémora le corps émacié et dérangeant du garçonnet.
- « J'ai vu Bastien. »
Sans se retourner, l'infirmière ouvrit la porte et sortit, sentant le regard songeur du médecin posé sur elle.
*****
Nathan Frempovel en avait vu des cas, des dépressions, des hallucinations collectives... Mais la dernière déclaration de la jeune femme le laissait sans réaction.
Encore une...
19 mai 2009
L'âme du diable : 13 décembre
13 Décembre
-« Olivier, il faut que tu viennes. »
Mon père semble bouleversé au téléphone. Il a quand même du culot de m’appeler dès le lendemain. Du coup je lui raccroche au nez, même si je suis décidé à y aller. Je dois parler à Holkes.
J’arrive un quart d’heure plus tard chez lui.
-« Aline… Ta mère…
-Quoi ? Qu’est ce qu’elle a fait ? Il y a eu mort d’homme ? Et ce n'est pas ma mère! »
Disons que je ne crois pas trop à sa Rédemption.
Mon père acquiesce en tremblant. Qu’est ce que je disais ! Ces gens là ne perdent jamais leur goût du crime. Mais au fond, je suis bouleversé, j'avais fini par croire qu'elle n'était plus la même, qu'elle avait fini par être quelqu'un de bien.
-« Qui est mort ? »
Lalie arrive à ce moment là.
-« Demande à Lélia, qu’il me répond en pleurant. »
Je ne l’avais jamais vu ainsi et s’en était bouleversant.
-« Qu’est ce que tu dois me demander ? »
Lalie, ou Lélia évidemment, semble aussi avoir beaucoup de chagrin, mais elle essaye de ne pas le montrer. C’est raté.
-« Que s’est-il passé ?
-Suis-moi ! »
Lélia me fait rentrer dans la maison.
-« Ton père a trouvé cela dans la boite aux lettres. Elle devait préparer son coup depuis longtemps. »
Préméditation, encore mieux !
Cher Eric,
Peut être ne comprendras-tu pas pourquoi j’ai fait ça. Ce n’est pas grave, pas important. Ne t’inquiète pas de mon sort, je l’ai mérité. Cette personne me suit depuis que je suis sortie. Je sais qu’il n’est pas policier et qu’il est là pour venger quelqu’un que j’ai peut-être tué. La prison n’a contenté personne, ce n'est pas une nouveauté.
Je t’aime comme je t’ai toujours aimé, depuis le premier jour et je pensais que peut être nous aurions pu vivre heureux à ma sortie de prison, mais je sais désormais ce que mon cœur tentait de me cacher : le bonheur ne sera jamais pour moi.
J’ai brisé beaucoup trop de familles, de cœurs et de vies alors de quel droit puis-je réclamer ce que j'ai tant arraché ?
Ne cherche pas à savoir qui va m’ôter mon existence, pense seulement que je suis bien là où je suis et que la paix s’empare enfin de moi. De toute façon, je m’arrangerais pour que cette personne ne laisse aucun indice. Ce n’est pas un vrai tueur et il s’en voudra sûrement d’avoir donné la mort. Je lui ai brisé sa vie et je lui donne la mienne.
Dis à Lélia que je la remercie pour tout ce qu’elle a fait pour moi, de sa loyauté qui pourtant n’avait pas lieu d’être.
Peut être qu’un jour, Olivier me pardonnera. Ce jour là, dis-lui que je l’ai toujours aimé et que je suis fière de lui. Dis-lui que je n’ai voulu que son bonheur. Je vous laisse tout ce que j’ai, c’est à dire quelques photos, babioles et souvenirs décrépis, je le sais. Brûle mon corps, c'est mon dernier souhait,je te confie mes cendres.
Adieu, mon amour, pour toujours. Lélia, toi et Olivier avez été ma seule famille. Je ne mérite pas d’avoir une famille.
Adieu,
Aline.
On l’a retrouvée deux balles dans l’abdomen, au bord du Rhône. On lui a tiré dessus alors qu’elle était dans l’eau, mais elle n’en est pas morte et elle a réussi à regagner le bord. C’est la qu’à eu lieu son agonie.
Il y a quelques jours, j’aurais dit que c’est la fin rêvée pour Aline Holkes. La France va enfin pouvoir dormir sur ses deux oreilles. Désormais, je me dis que j’ai perdu pour la deuxième fois ma mère et que je regrette de ne pas avoir pu la connaître plus encore. Pire encore, j'ai cette impression amère et terriblement dérangeante de l'avoir motivée dans ce suicide assisté. Elle cherchait ma compréhension, et je ne lui ai donné que mépris.
Indirectement, j'ai tué ma mère. Je n'ai pas su comprendre qu'elle était faible, qu'elle avait besoin de moi pour se maintenir en vie. Je l'ai laissée, je l'ai abandonnée, je n'ai pas su lui dire que je comprenais, même si j'avais alors du mal à comprendre. Je n'ai pas su être la personne qu'elle attendait que je sois.
J'ai pu apprendre que son comportement avait été exemplaire et qu’elle avait fait des miracles dans la prison ou elle avait été incarcérée, que la plupart des personnes qu’elle a touché n’ont pas récidivé à leur sortie.
J'ai voulu faire du mal à un monstre, renier un monstre, et j'en ai tué un ange, une pauvre âme torturée qui ne cherchait que la paix. J'allais devoir vivre avec ça. J'avais tué celle que je n'avais jamais connu, mais que j'aimais par deçà les histoires que l'on me racontait. Si elles étaient fausses, son amour n'était pas moins vrai.
On l’a brûlée deux jours plus tard. Son visage désormais serein à disparu à jamais. Mon père m’a donné quelques photographies d’elle. Je n'ai pas osé dire que son visage me hante assez pour que je ne puisse de toute façon pas l'oublier.
Ma fille s’appelle Alice. Puisse t - elle vivre au pays des merveilles, car c'est tout ce que je peux faire pour lui rendre hommage... Ça et raconter au monde qui était Aline Holkes. J’ai tout dit à Céline et elle m’a comprise.
J’ai enfin trouvé quelqu’un qui a accepté d’écrire cette histoire sous son nom. Ma famille n’en subira pas les conséquences. Elle habite quelque part près de Lyon, à 10 kilomètres de chez mon père.
Un secret
Vision d'une silhouette étrange,
Céleste créature à gueule d'ange,
Gabriel qui joue dans la fange,
Que de loin l'œil avide mange.
Seule au milieu de la mêlée,
Figure droite et jamais troublée,
Elle est perdue telle une pensée,
Ne se laissant pas pénétrer.
L'air souffle mais ne dit point son nom,
Joue de ses cheveux châtains-blonds,
Quand le cœur a sauté d'un bond,
Belle classe et haute distinction.
Mais voilà tête dans les nuages,
Éclaircie au bord de l'orage,
Sourire qui crie un beau présage,
Image brillante de perle sans âge.
Mais cette présence tant attendue,
Loin des yeux alors disparut,
Peut-être est-ce à jamais perdu,
Seul regret de n'y avoir cru.
15 mai 2009
L'âme du diable : 12 décembre
12 Décembre
Céline a bien voulu, des amies à elle devaient venir à la maison, sinon, elle m’aurait bien accompagnée. Elle aurait vraiment voulu rencontrer tante Lalie, depuis le temps que je lui en parle. J’ai donc pédalé les deux bornes qui séparait nos maisons. Ils m’attendaient.
-« Tante Lalie, mais où donc avais-tu pu passer pendant toutes ces années !
-Toi aussi tu m’as manqué… Olivier. Je ne peux plus t’appeler poussin maintenant ! Mais c’est la faute de ton père, il ne m’invitait jamais !
-Oh, dis, ça y est, tout de suite, c’est de ma faute. »
Pauvre Lalie, elle a bien vieilli. Je m’attendais à revoir la belle femme blonde qui avait suivi mon enfance. Je crois bien que j'étais amoureux d'elle... Maintenant, elle est blanche. Bronzée sous des cheveux blancs. Mais enfin, c’est elle.
Mme A sort de la maison à ce moment là et tend sa main que je serre. Elle semble utiliser un petit sourire de façade que je n’aime pas du tout. Lalie et elle semblent bien se connaître et je me sens bientôt à l’écart de la conversation.
-« Assez de retrouvailles. Mon fils va bientôt devoir retrouver sa douce Céline et il veut connaître la fin de l’histoire qu’on lui a promis. Ma très chère amie, à vous l’honneur.
-Allons, Denis, vous connaissez cette partie de l’histoire aussi bien que moi. Ce moment dont peu de gens peuvent se vanter d’en avoir entendu parler. J’en ai assez de parler d’Aline Holkes.
-Bien. Je vais m’improviser narrateur. D’après ce que vous m’avez dit, vous en étiez resté à mon passage préféré. »
Je ne cherche même plus à essayer de comprendre ce qui se passe entre mon père et madame A. En un regard, ils semblent se dire tellement de choses contradictoires que s’en est pénible à déchiffrer.
-« Récapitulons. Aline est en prison et Eric vient la voir. C’est vraiment con comme dénouement quand même ! Il sent que cette chère jeune femme cache quelque chose. Il se doute aussi que c’est rudement important. Elle veut tout lui avouer, mais elle tourne autour du pot en lui sortant un truc dans ce genre : ‘’je n’étais pas seule à m’être réfugiée chez les sœurs’’. Eric se met à imaginer tout et rien parce qu’il ne voit pas bien quelle pourrait être cette deuxième personne. Alors elle lâche tout : ‘’j’étais enceinte’’. »
Je crois que mon choc est le même que celui de ce pauvre Eric à ce moment là. Enfin... l'horreur en moins d'avoir donné un gosse à un monstre je suppose ! Je me mis une gifle mentale, c'était juste méchant, après tout, Mme A avait tant fait pour l'humaniser, que je ne pouvais juste plus l'imaginer que comme une bête sanguinaire assoiffée de mort. Première surprise passée, je regarde autour de moi. Madame A me regarde par en dessous, mon père me dévisage comme s’il ne m’avait jamais vu et Lalie est confortablement installée et savoure la beauté du plafond, qui au passage doit être refait dans trois semaines. Ils attendent l’effet que va me faire cette révélation si peu connue, en effet. Comme je n’ai pas l’intention de laisser montrer mon avis sur la question, mon père continue.
-« Cette chère Aline à peur de ce que va dire son ami et je pense que c’est pour ça qu’elle se met à parler à tort et à travers : il faut qu’il aille chercher l’enfant, s’il ne le fait pas elle s’échappera de la prison dès le soir même, cet enfant est de lui et il est à la charge des sœurs qui s’il n’était pas réclamé d’ici la fin du mois irait dans une pension, qu’elle était désolée de tout ça, que de toute façon elle n’aurait pas pu avorter et que s’il ne voulait pas se charger de l’enfant, elle le ferait et lui serait tranquille, il n’entendra plus jamais parler d’eux. L’effet de surprise à réussi, Eric a tout promis sans savoir ce qu’il faisait, et avant même d’avoir compris quoi que ce soit, il s’est retrouvé dans le couvant. Pauvres bonnes sœurs ! Elles n’ont jamais rien demandé et se sont retrouvées cachant une tueuse à gage pendant presqu’un an et un bébé un an de plus. Elles étaient assez contentes en remettant le petit. »
Mais comment ?… est la première question qui me vint à l’esprit, et encore, elle est incompréhensible.
-« Mais comment est-il possible que personne n’en ait jamais parlé ? Comment un tel secret à t - il put échapper aux journalistes ! Et qui est cet enfant. »
Vous avez sûrement tout saisi, mais quelque chose en moi ne veux pas y croire. Je ne comprends donc rien, même si au fond de moi je pressens la vérité. Personne ne me répond. C’est Lalie qui prend donc la suite.
-« Finalement, heureusement que je suis venue. Vous n’allez jamais jusqu’au bout des choses.
Eric Etienne a changé de nom, ainsi que l’enfant. Ils ont fait ça dans le secret mais tout à fait légalement. Officiellement, ils sont devenus (là, je fais tout pour ne pas comprendre en espérant que je me trompe encore) Denis et Olivier Landers. »
Je vais vous étonner, ça ne m’affecte pas du tout… sur le coup. Et puis, je sens un courant glacé m’envahir. Je suis tétanisé, comme congelé. J’essaye de crier, mais ça reste coincé au fond de ma gorge. Ca se débloque soudain.
-« Arrête ! Non ! C’est impossible ! »
Je recule contre le mur. Il me semble d’un seul coup que ces trois visages me sont complètement étrangers. Madame A, Holkes, se lève soudain :
-« Je ne t’ai pas élevé. Si tu veux, je ne suis pas ta mère. Je suis désolée. »
Elle part en courant. Mon père semble perdu et Lalie s’approche de moi.
-« Olivier, calme-toi. Viens t’asseoir, je t’amène un verre d’eau. »
Elle va à la cuisine et ramène trois verres pleins d’eau. Je prends le mien et bois en en renversant la moitié. Si quelqu’un pouvait prétendre être ma mère, ce serait elle. Elle s’est toujours occupée de moi lorsque j’étais petit.
-« Pourquoi était-tu partie, à propos ?
-Tu posais trop de questions, sur ta mère. C’était trop tôt pour tout te révéler. J’avais peur de tout raconter. En plus, tu n’avais plus vraiment besoin de moi. »
Évidement.
-« Tout était bidon. J’étais un beau pigeon ! Et dire que je ne parlais jamais d’elle pour ne pas te faire de peine, papa. Tu disais que même ses photos te faisaient trop souffrir et que c’est pour cela qu’il n’y en avait jamais à la maison. C’était gros, quand même, mais je te faisais trop confiance pour mettre quoi que ce soit en doute. Pourquoi ne m’avoir pas tout dit tout de suite ?
-Mais pour te protéger ! Imagine que tu aies laissé échapper ça à l’école. La rumeur aurait atteint une mauvaise oreille en deux jours. Et Aline disait qu’un enfant ne devait jamais avoir à mépriser ses parents, sans quoi il méprisera tout le monde. Elle en était la preuve vivante. Elle voulait que ta vie soit semblable le plus possible à celle des autres.
-Parce que tu trouves que ma vie ressemblait à celle de tout le monde ! Vous m’avez volé trente ans de ma vie, vous m’avez volé mon identité !
-Ne t’es-tu pas amusé dans toute ta vie ? Qu’aurais-tu fais de plus si tu avais su plus tôt qui était ta mère ? Tu te serais enfermé dans une bulle afin que personne ne connaisse ton secret et tu ne te serais jamais épanoui ou alors tu l’aurais crié crâneusement sur tous les toits pour que l’on te craigne. La vérité aurait pu te détruire l’esprit. Mais aujourd’hui, tu as une vie déjà établie. Tu es marié et tu vas avoir un deuxième enfant. Ne suis-je pas dans le vrai en pensant qu’il y a quand même moins de chances que tu fasses des conneries que lorsque tu te cherchais encore ! Au début, Aline pensait qu’il valait mieux que tu ne saches jamais rien, mais lorsqu’elle est sortie de prison, l’envie de te connaître l’a emporté. Ce n’est pas parce qu’elle ne t’a pas vu pendant trente ans, qu’elle t’a oublié ou que son amour pour toi s’est envolé. Chaque fois que j’allais la voir, elle demandait des nouvelles de toi et tiens ! Viens voir sa chambre ! »
Je le suis. J’entre dans la chambre d’amis où elle a mis ses affaires.
-« Vous ne dormez pas ensemble ? »
Mon père se retourne brusquement.
-« Non. Elle n’est pas encore prête. Elle n’était pas sûre de rester à Lyon. Elle se demandait s’il ne valait pas mieux pour elle de disparaître. Après ce soir, je pense qu’elle va partir. »
De partout autour de moi, il y a des photos, de moi, de moi et mes amis, de moi et ma famille, mon mariage, la naissance de Damien, des photos de Lalie et moi. Dans cette chambre, il y a toute ma vie. C’est incroyable. J’ai l’impression d’être dans l’antre d’un psychopathe. Je sors rapidement. Je sors de la chambre, je sors de la maison, je sors du jardin. Je rentre à Lyon, je rentre chez moi, on ne m’en empêche pas. J’ai grillé un feu rouge par inadvertance. J’entre dans mon appartement, au deuxième étage. Céline est là. Elle, au moins, ne m’a jamais menti.
Je la serre très fort. Son corps gonflé est tout chaud. Elle dormait, tant pis !
-« Mmmh ! Comment allait ton père ? »
Pour toute réponse je la serre encore plus fort.
-« Ca s’est bien passé ? Qu’est ce que tu as ?
-Papa, tu peux m’aider à faire mes devoirs ! »
Sauvé par le SOS.
-« Je vais voir Damien. »
Céline est la crème des femmes. Elle n’insiste jamais trop. Peut être parce qu’elle sait qu’elle obtient toujours les informations demandées, tôt ou tard. J’aimerais bien me cacher moi aussi dans quelque église pour faire le point sur moi-même ! Mais moi, mon havre de paix, c’est ici.
13 mai 2009
L'âme du diable : 11 décembre
Et me revoilà, avec une très longue absence, pour finir cette histoire, il serait temps...
11 Décembre
Ayant du décommander mon rendez vous pour m'occuper de ma petite femme alitée pour son plus grand plaisir, j'en suis sûr, je ne retrouve Mme A que deux jours plus tard.
Celle ci semble fatiguée et un peu abattue, mais en m'approchant je sens son œil vif me transpercer tandis qu'elle m'affuble d'un grand sourire.
J'évite de m'épancher sur ma journée d'hier pour la laisser raconter la suite, que je puisse m'intéresser à des recherches complémentaires et plus neutres sur le sujet.
Lélia et Eric n’entendirent plus parler d’elle pendant dix longs mois. Le jeune homme avait réintégré sa section deux jours après qu’Aline ait quitté son appartement, laissant sur place les cassettes pour faire tomber les mafioso et les deux lettres. Lui s’était réveillé deux heures plus tard, seul, au centre de son salon.
Après cet épisode, Eric rechercha Aline en vain, N’ayant pas perdu certaines habitudes, elle ne lui avait laissé aucune piste.
D’autres affaires lui avaient été données, et sans oublier la première, il reporta sa hargne sur celles-ci. Il avait cependant gardé Lélia en contact, au cas où elle trouverait quelque chose ou qu’un endroit où Aline pourrait être lui revienne à l’esprit. Il n'y croyait pas trop, mais elle était la personne qui avait été longtemps la plus proche de la meurtrière.
Un jour qu’il était de meilleure humeur et qu’il rentrait chez lui, dans sa maison vers Lyon, il retrouva la porte ouverte. Il se précipita à l’intérieur.
-« Aline ? »
Il la trouva les yeux pleins de sommeil dans son salon.
-« Je rêvais. C’était si beau. J’étais de nouveau enfant et mes parents venaient de m’offrir un chien pour mon anniversaire. J’arrivais presque à voir leurs visages. »
Eric traversa la salle et la gifla, tout tremblant, puis il se laissa tomber sur un fauteuil pour reprendre ses esprits.
Aline, surprise par le choc, garda sa tête détournée de lui. Chacun attendit une réaction de l’autre. Ce fut Eric qui brisa le silence.
-« Je suis désolé.
-Il ne le faut pas, je l’ai méritée.
-Tu n’aurais pas dû venir. Tu m’as manqué.
-Toi aussi. Je t’avais promis que je reviendrais dans la lettre.
-Repars, je ne peux pas faire ça.
-Il le faut, Eric. Tu dois m’emmener.
-Pourquoi en sommes nous là.
-C’est de ma faute, je m’en veux… Mais mes morts réclament leur vengeance, et je la leur dois. J’ai besoin de ta force, Eric, sinon je n’aurais jamais le courage. Et il est grandement temps.
-Tu as raison »
Eric se redressa. Jamais il n’avait entendu une voix aussi douce sortant de sa bouche.
-« Je suis l’assassin et tu es le policier. Eric et Aline ne doivent pas influencer Holkes et l’inspecteur Etienne.
-Oui.
-Mets moi les menottes.
-Oui… Non !
-Eric…
-Je les ai oubliés. »
Aline n’en crut rien mais n’en dit pas plus. Elle se souvenait de ce qui était arrivé à Lestat et ne tenait pas tant que ça à se voir mettre ces détestables bracelets de fer... Et puis s'il y a bien une chose qu'elle a toujours détesté, c'est l'impuissance, être à la merci de quelqu'un. Elle n'avait été que trop longtemps à la merci de son père.
-« On va au commissariat tout de suite ?
-Oui.
-Alors suis-moi. »
Eric montra à Aline sa voiture, mais elle n’y fit point attention. Tous deux embarquèrent pour le plus dur voyage de leur vie.
-« Que sont devenus Cioran et Lestat.
-Prison.
-…
-Tu sais que tu risques d’en prendre pour encore plus longtemps qu’eux !
-Oui. Eric ?
-Oui ?
-Non, rien. Je… Je suis contente que tu sois là. Tu viendras me voir ?… De temps en temps ?
-Je t’en fais la promesse. C’est quoi sous ton pull ?
-Une croix.
-T’es chrétienne ? Je ne savais pas !
-Non. C’est pour remplacer mon revolver.
-Une arme ? !
-Non, un grigri pour me donner du courage. C’est des sœurs qui m’ont accueillie.
-Je ne risquais pas de te retrouver ! T’étais où ? »
Aline ne répondit pas. Elle posa sa main sur le bras d’Eric qui fut surpris de tant de douceur. Elle avait toujours été un peu brutale et vive. Il arriva à sentir son pouls. Ses battements étaient réguliers, mais il pouvait voir sur son visage que quelque chose l’embêtait.
Il n’osa rien dire.
Au fur et à mesure qu’ils arrivaient au commissariat, la tension montait, mais le cœur d’Aline battait toujours aussi lentement. Ils le virent bientôt apparaître, assez grand, avec son toit rouge. Aline serra le bras de son compagnon et ferma les yeux. Eric prit sa tête entre ses deux mains et la força à le regarder.
-« Aline, tu ne dois pas renoncer maintenant. Il faut y aller. Je comprends maintenant à quel point tu en as besoin. M’aimes-tu ?
-Oui…
-Pour que je puisse t’aimer, il faut que tu viennes. Après, nous serons libres, tu entends, libres de nous aimer, mais là, tu n’es qu’une fugitive, et sur cette voie, je ne pourrais pas te suivre, c’est contraire à tous mes idéaux.
-Mes idéaux à moi ont disparus. Et je ne serais jamais libre, mais ce que j’ai commencé, je dois le terminer. Quand bien même je pourrais bien ne jamais sortir de cette prison. Tu aurais dû me mettre les menottes. »
Eric en sortit une paire de la boite à gants. Aline eut mal, mais désormais, on agirait à sa place. Elle pourrait se reposer sur ces bracelets de fer.
-« Normalement, tu devais me les attacher dans le dos. »
Elle sortit de la voiture et se tint debout devant, face au grand bâtiment, à l’observer. Eric la rejoint :
-« Viens. »
Elle le suivit.
-« Le procès eut lieu un mois plus tard, et comme vous le savez surement, Aline écopa de la perpétuité, prison ferme, avec une peine irréductible de 30 ans.
-Et cela provoqua un des plus grands débats sur la peine de mort en France. Nombreux étaient ceux qui voulaient sa tête pour tous ses crimes.
-Ses crimes, et bien d’autres encore qu’elle n’avait pas commis. Personne ne sait aujourd’hui qui sont toutes ses véritables victimes. Même elle, surtout elle, l'ignore. »
J’ai presque envie de dire que de toute façon, les meurtres qu’on lui avait rajoutés compensaient sûrement ceux qu’on lui avait oubliés, mais je me retient. C’est peut-être une parole déplacée et je n’ai pas de preuves de ce que j’avance.
-« Eric a tenu sa promesse pendant toutes ces années, il est allé la voir assez fréquemment, mais Aline ressemblait dans sa prison à une bête traquée. Elle lui cachait encore quelque chose. Elle finit enfin par cracher le morceau, au bout de quelques jours…
-Quel morceau ?
-Je… Je suis vraiment désolée mon garçon, mais… Un rendez-vous, j’avais oublié ».
Elle porte la main à son cou et part en courant. Avant que l’idée de lui proposer de la ramener en voiture me vienne à l’esprit, elle a disparue.
Je m’en vais aussi, puisque je n’ai rien d’autre à faire.
Céline est à la maison. Evidemment, elle ne peut plus beaucoup bouger vu son état.
-« Fait attention, Olivier, je pourrais devenir jalouse de cette femme.
-Allons, elle pourrait être ma mère !
-Je sais. Viens m’embrasser. »
Il y a des choses, comme ça, vous voyez, qui ne peuvent pas attendre. Céline et moi, on s’est rencontré en boite de nuit. Elle avait trop bu et j’avais trop fumé. J’avais 19 ans et elle 18. Nous avons arrêté nos bêtises, je le jure. Quand j’y repense, on est bête à cet âge là. Après cette première approche assez ‘’stupéfiante’’, dans les deux sens du terme, on s’est perdu de vue un an, et, le monde est petit, mon meilleur ami me l’a présentée comme étant la cousine de son copain, qu’il a d’ailleurs quitté quelques mois après. Mais Céline et moi, par contre, on est toujours resté ensemble.
-« Alors, tu seras bientôt le spécialiste des démons en tout genre ?
-Mieux que ça ! Je serais le spécialiste du diable ! La véritable question est est-ce que le diable a une âme ? Et s’il l’a perdue, peut-il la retrouver ?
-Ta philosophie me donne la migraine, et Damien t’attend à l’école. Alors oublie le diable et va chercher le petit ange ! »
Je l’embrasse à nouveau et m’en vais chercher ce cher petit brun qui partage mon sang.
Lorsque je rentre, le téléphone se met à sonner. Je décroche en passant.
-« Olivier ?
-Lui-même, Denis.
-Demain après midi, tu pourrais venir me voir ?
-C’est à dire que Mme A n’a pas fini son récit…
-Justement, elle sera là, ainsi que Lalie qui est venue faire un tour à Lyon.
-Elle aurait dû passer à la maison ! Gronde là pour moi, papa ! Enfin, je serais là demain, si Céline le veut bien. »
27 mars 2009
Meurtrier Héroïque
J'aurais voulu que le malheur s'abatte sur toi,
Alors j'aurais pu venir en héros te sauver,
Et peut être serais tu revenue dans mes bras,
Enfin j'aurais pu te dire que tu as tout raté...
Ton image reste gravée sur mon cœur,
Cet amour et déception me fait peur,
Toute cette douleur encore que je ressens,
Si souvent j'en pleure en y repensant.
Comment t'oublier je n'y parviens pas,
Faut croire que je n'ai pas le mode d'emploi,
Comment t'assassiner je ne sais pas,
Pourtant en toi je ne peux plus avoir foi.

